Cinq projections-tests de Territoire Ishkueu Territoire Femme en quatre lieux.

Territoire Ishkueu Territoire Femme a été projeté (en projection-test)  pour la première fois le 8 août 2018 à la 8e édition du Festival de contes et légendes Atalukan où je l’ai tourné. Beaucoup d’émotions de la part des spectateurs et spectatrices, une onde très positive, des gens touchés, émus. Deux autres projections ensuite, l’une à Nutashkuan, l’autre à Natashquan.  Les deux projections furent suivies d’une discussion ouverte où, en premier lieu, comme à ce fut le cas à Atalukan de prime abord,  personne ne dit rien. Et lorsque doucement je redemande, des questions? Des commentaires? Quelques personnes, la voix étranglée d’émotions disent: « Moi, je suis trop émue pour parler. »  Puis tranquillement ça déboule: « Très beau, essentiel, émouvant, profond. » Toutes sortes de mots pour dire que ce film est bienvenu, apprécié et appréciable. Une femme me dit qu’elle veut tenter de le faire projeter à Baie-Comeau, en janvier, une autre qu’elle va le présenter dans sa communauté. Une autre me dit « J’étais comme dans un état second, comme dans un monde onirique profond, tout au long. » À la sortie, dehors, une jeune femme me dit:  « J’ai une confession à te faire. » -Je t’écoute. « Quand tu chantes pour introduire le film, je pleure comme une Madeleine à chaque fois, j’ai beau chercher en moi ce qui me fait tant pleurer, je ne comprends rien, je ne comprends pas ce qui m’arrive. »  Je chante avant chaque projection, le chant Abénaqui, le chant de force des femmes qui revient comme un leitmotiv dans le film,  je le chante avec la bénédiction de Joséphine Bacon à qui j’ai un jour demandé si d’après elle, je pouvais le chanter et qui m’a dit « Ben Oui! »

Cette jeune femme québécoise, donc, pleure à chaque fois qu’elle entend ce chant et elle s’interroge. Je réfléchis et ce qui me vient c’est: « Il est possible que tu pleures parce que ce chant touche une corde sensible enfouie profondément en toi,  un lien avec nos racines perdues, notre métissage occulté, écrasé, interdit. Nous sommes des soeurs et des frères de territoire, nous sommes nés des eaux des mêmes rivières, du souffle des mêmes vents. Un métissage jugé méprisable par des êtres à l’âme souvent noire comme leurs soutanes. Ce chant semble réveiller une nature profonde réprimée en nous depuis si longtemps que nous ne la ressentons plus que faiblement. Ce chant semble faire écho à une identité métissée fragmentée, intangible mais toujours vivante en toi. »

Après réflexion, je me dis qu’il est tout de même frappant que les mots que cette jeune femme ait utilisés soient : « J’ai une confession à te faire. » Nous sommes athées mais tachées.

Puis à la quatrième projection-test, au Centre d’Amitié Autochtone de Sept-Îles, le film est unanimement apprécié. Et à ma demande, fuse un commentaire précieux de Jonathan, le coordonnateur de l’événement présent sur place, très silencieux à la fin de la projection.  À ma question : « Comment as-tu trouvé ce film toi Jonathan? » Il répond :                           « Magnifique. Et je dois dire que ça m’a remué. Plusieurs disent que je suis chanceux, que j’ai fait des études, une maîtrise, que j’ai eu la chance d’échapper à la misère que plusieurs ont connue. Ils disent que je suis chanceux, mais, moi je ne suis jamais allé à la pêche, je ne suis jamais allé à la chasse, je n’ai pas vécu ma culture, je ne la ressentais pas et à cause de ça j’avais un trou, un vide qui fait mal, à l’intérieur de moi. En écoutant ce film-là, je me suis senti reconnecté avec ma culture. C’est ça, c’est ça!! Mon monde, ma culture, l’Innu, le monde Innu, je le reconnaissais dans les paroles de toutes ces femmes, dans les histoires qu’elles racontent, avec des points de vue tous différents mais des chemins tous Innus. Alors je sais, asteure, qu’il est là en moi, mon monde Innu, je le ressens, ce film-là, ces femmes-là, me le font ressentir, il est là, je le porte en moi. Merci. »

Lors de la cinquième et dernière projection-test, à Sherbrooke, les gens applaudissent spontanément à la fin des histoires de chacune et se regardent ensuite en riant, tout surpris d’avoir applaudi pendant l’écoute d’un film, tout comme si ils étaient en train d’écouter une prestation « live ».

Et lors de l’échange qui suit, encore là, beaucoup d’émotions, de femmes et d’hommes sans voix qui, après un temps de réflexion silencieux, offrent un déluge de souvenirs de contacts lointains, de possible parenté, de possibles liens effacés au fil du temps avec lesquels ils ont semblé renouer en écoutant leurs soeurs de territoire.

Une réflexion sur “Cinq projections-tests de Territoire Ishkueu Territoire Femme en quatre lieux.

  1. Très touchant les témoignages. Je comprend la réaction de cette femme qui pleure en entendant ce chant qu’elle ne comprend. Ça m’a fait ça quelques fois en entendant des chants, ou juste de voir des femmes amérindiennes âgés bouger et danser ensemble quelques secondes dans une vidéo… J’aimerais bien voir un jour ton film. Si ça t’intéresses de le projeter dans le coin. Je suis dans Brome-Missisquoi. Si tu cherches une place pour cela, peut être que je pourrais t’aider.
    Delphine

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